
Ce dimanche 15 mars, dès le premier tour des municipales, socialistes et insoumis se présenteront sur des listes communes dans 60 villes, comme l’a révélé l’Opinion. Un chiffre qu’Olivier Faure n’a pas cherché à contester, mardi, sur France Info. Le premier secrétaire du PS distingue Jean-Luc Mélenchon des élus LFI qui partagent « une même idée de la gauche » et « travaillent au quotidien » avec des partenaires socialistes dans leur municipalité.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, est venu tracter sur le marché d’Avignon en soutien au candidat local, David Fournier, le 13 février 2026. – Sipa Press
Dans la dernière ligne droite de ces municipales, Patrick Kanner croit avoir décelé l’émergence d’une nouvelle pathologie chez ses camarades socialistes : une forme de myopie foudroyante qui rend les insoumis en bas de chez soi subitement fréquentables quand ceux des autres passent pour des mélenchonistes indécrottables, hostiles et sectaires. Alors le chef des sénateurs PS veut rompre avec cette illusion qu’il y aurait « des insoumis sympathiques dans les villes de conquête » – au hasard, à Toulouse et Limoges – et « les méchants insoumis qui veulent la tête des maires socialistes partout ailleurs à Paris, Lille, Marseille, Montpellier… »
Chez lui, dans le Nord, Patrick Kanner se dit prêt à faire barrage de son corps pour empêcher David Guiraud – seule véritable chance de victoire de LFI dans une ville de plus de 100 000 habitants – de conquérir la mairie de Roubaix. Il comprendrait mal que d’autres se laissent aller à des arrangements locaux. « On ne peut pas regarder son intérêt par le petit bout de la lorgnette et oublier que sa décision engage l’unité du parti. C’est non, il ne doit pas y avoir d’alliance avec LFI : ni au premier, ni au second tour. Le cordon sanitaire ne peut pas être à géométrie variable. »
Le piège du cordon sanitaire anti-LFI
Une ligne a priori conforme à la résolution votée par le bureau national du PS, mardi 3 mars. Celle-ci épingle les « propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon et inscrit dans le marbre qu’il n’y aura « pas d’accord national entre le PS et LFI ». De là à dire que le leader de LFI est antisémite, il n’y a qu’un pas. De là à faire de lui un « nouveau Jean-Marie Le Pen », comme l’affirme Raphaël Glucksmann, il n’y a pas beaucoup plus. Mais ce parallèle avec le père fondateur du FN aura une conséquence pour Olivier Faure : il suffirait d’une seule commune pour que le premier secrétaire du PS se retrouve dans la position délicate de Jacques Chirac en 1983, lorsque le patron du RPR devait se justifier d’avoir pactisé avec les frontistes à Dreux.
« Les socialistes ne se rendent pas compte qu’en armant ce piège du “tout sauf les insoumis”, c’est eux-mêmes qui sont tombés dedans », raille par avance Jean-Luc Mélenchon. De fait, à Toulouse, le maintien de son protégé François Piquemal hypothéquerait les chances du socialiste François Briançon de l’emporter face au maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Voilà pourquoi Sébastien Vincini, le président PS du département de Haute-Garonne, continue de ménager le faiseur de roi insoumis. « Je ne traite pas François Piquemal, je lui demande d’ouvrir les yeux », nuance-t-il dans La Dépêche du Midi.
« Est-ce que, sous prétexte de cordon sanitaire, on va laisser des villes à la droite et à l’extrême droite plutôt que de s’allier avec des insoumis à visage humain ? », interroge Luc Broussy, président du conseil national du PS et proche d’Olivier Faure. « Toute dérogation locale est un bras d’honneur à la position désormais officielle du PS. Des accords isolés, ça nous éclaboussera dans les autres villes », lui répond Jérôme Guedj, réélu dans l’Essonne sans l’investiture du NFP en juillet 2024.
L’idée d’un « formulaire d’abjuration » sur lequel les candidats LFI seraient priés de se désolidariser des saillies de Jean-Luc Mélenchon lui paraît non seulement illusoire, mais aussi hypocrite que l’engagement de non-brutalisation du débat public que les insoumis ont signé dans le cadre du NFP. « Ça me paraît très compliqué sans que le candidat LFI abjure le mélenchonisme sur les évangiles selon Chantal Mouffe », ironise l’ex-député PS Patrick Mennucci. Pourtant, Olivier Faure et les siens font mine de pouvoir récupérer des apostats de l’insoumission.
Des accords techniques pour contrôler les conseils municipaux
Dans l’état-major de LFI, on se satisfait d’avoir flanqué une sacrée migraine aux ennemis jurés du PS. Un score supérieur à 10 % suffit au bonheur de Jean-Luc Mélenchon, pourvu que ses candidats puissent se maintenir. Lundi soir, lors d’un meeting à la Mutualité de Paris, il a défendu sa proposition de faire des « accords techniques ». Au second tour, socialistes et insoumis figureraient sur un seul et même bulletin. Ils se partageraient les sièges au prorata de leur score de premier tour, sans toutefois participer à la majorité municipale.
Suivant cette clé de répartition, en cas de fusion technique à Toulouse, le score de 30 % prêté à François Briançon se traduirait par une trentaine d’élus au conseil municipal – dont douze socialistes, environ dix écologistes, les huit restants revenant à Génération.s et aux petites formations associées à cette liste d’union. Grâce à un score de 23 % au premier tour, l’insoumis François Piquemal obtiendrait 23 sièges au Capitole.
Cette formule n’a que des avantages pour Jean-Luc Mélenchon : elle redore son blason unitaire, tout en lui garantissant une minorité de blocage dans les conseils municipaux pour placer les maires PS ainsi élus sous tutelle. « Les fusions techniques, c’est de la tambouille pour éclipser l’enjeu du premier tour », évacue Pierre Jouvet, le bras droit d’Olivier Faure. « La stratégie du chaos de LFI s’étendrait de l’Assemblée nationale aux conseils municipaux qui n’auront pas de majorité pendant six ans, redoute aussi Patrick Mennucci. Et là, il n’y aura pas de dissolution ! »