« Personne n’achète une arnaque pareille ». L’Opinion

« Personne n’achète une arnaque pareille » : dans le camp des anti-Faure, le soutien à la candidature de Boris Vallaud est loin d’être acquis

Les uns sont prêts à soutenir le chef des députés PS à condition qu’il se désiste, le moment venu, au profit de Raphaël Glucksmann. Les autres ne jurent que par un congrès extraordinaire et pensent, comme François Hollande, que la clarification doit précéder la désignation. Une fois la primaire définitivement écartée, les opposants d’Olivier Faure auront bien du mal à s’accorder entre eux

Publié le 7 avril 2026 à 18:32 – Maj 8 avril 2026 à 11:16
Antoine Oberdorff
Journaliste au service politique

L’ordre du jour du bureau national, convoqué ce mardi 7 avril à 18h30, devait tourner autour de la stratégie du PS en vue de l’élection présidentielle. Sous pression, Olivier Faure devait ouvrir la discussion sur le calendrier d’adoption du projet pour 2027, tandis que ses opposants lui demandent de renoncer à la primaire au profit d’un calendrier de désignation interne du candidat socialiste.

Dans l’univers parallèle du Parti socialiste, l’addition de minorités ne fait pas toujours une majorité. Olivier Faure en sait quelque chose : même avec 60 % des voix contre soi, il est possible de jouer des contradictions de ses adversaires pour conserver la main. Et ainsi, le premier secrétaire avance, cahin-caha, d’un bureau national à l’autre, en souffrant d’avoir à écouter les diatribes des barons de l’opposition. Tantôt celles de Boris Vallaud, en quête d’autonomie depuis le congrès de Nancy. Tantôt celles de ses contempteurs historiques, Nicolas Mayer-Rossignol, Carole Delga et Hélène Geoffroy.

Le 24 mars, ces deux textes d’orientation unis en un seul bloc ont poussé Olivier Faure à la faute, en exigeant le vote d’une résolution condamnant le « manque de clarté » de la direction nationale sur la question des alliances avec LFI aux municipales. « Bien sûr, il y aura d’autres actes, mais c’est le début de tous les possibles », se félicitait alors l’ex-sénateur David Assouline. Avec 38 signataires sur 71 membres du bureau national, une majorité s’était formée autour de trois rejets : le rejet de la gestion d’Olivier Faure, le rejet de Jean-Luc Mélenchon et le rejet de la « petite primaire » tel que la gauche de gouvernement a pris l’habitude de surnommer le processus lancé, en juillet 2025 à Bagneux, avec l’écologiste Marine Tondelier et la bande des anciens insoumis.

Boris Vallaud, un leurre efficace pour 2027 ?

Ce mot d’ordre – « couler la primaire » – a, pour un temps, servi à cimenter les antis. Peu importe, ensuite, qu’ils roulent pour François Hollande ou qu’ils veuillent, comme la patronne de la région Occitanie, Carole Delga, donner sa chance à Raphaël Glucksmann. Seulement voilà, cet ennemi commun ne suffit plus à faire oublier les divergences qui séparent les grands féodaux du TOC – le texte d’orientation C. Leurs deux dernières réunions du mardi matin ont donné lieu à des mises au point, racontées à l’Opinion.

En cause : le plan élaboré par David Assouline, le mandataire du courant, en étroite collaboration avec Alexandre Ouizille, l’émissaire de Boris Vallaud en charge de négocier pour son courant, le TOB. Ce gentleman’s agreement repose sur une alliance d’intérêts bien compris. D’un côté, les amis de Boris Vallaud quittent les instances dirigeantes du PS, rendant Olivier Faure durablement « mino ». De l’autre, le TOC flèche ses voix vers le Landais pour lui permettre d’être désigné comme le « premier des socialistes », c’est-à-dire comme leur porte-drapeau à l’élection présidentielle. Le tout dans un calendrier resserré, puisque les militants seraient appelés à se prononcer avant l’été, courant juin.

A partir de là, il appartiendrait à Boris Vallaud de crédibiliser sa candidature, en jetant les bases d’un rassemblement de la gauche non-mélenchoniste. Sans quoi, le plus probable, est qu’il aura servi de leurre pour entraver le dessein unitaire d’Olivier Faure et préparer le terrain à un autre recours. « Qui imagine Raphaël Glucksmann attendre sur l’autre rive avec Carole Delga pendant que Boris Vallaud fait sa tournée estivale, en enchaînant les médias et les meetings comme vrai-faux candidat ? Personne ne peut acheter une arnaque pareille », tonne un négociateur chevronné du PS.

Tir de barrage contre le deal Assouline-Vallaud

Il est loin d’être le seul à avoir pris la parole en visioconférence sur Zoom pour marquer son hostilité. Parmi les plus critiques, Philippe Brun reproche à David Assouline d’avoir engagé son courant sans avoir sollicité son aval, en pleine séquence municipale. Lui préférait un congrès extraordinaire pour liquider l’héritage fauriste et lever l’hypothèque LFI une bonne fois pour toutes. La présence de plusieurs membres du TOC, dont David Assouline et la sénatrice Laurence Rossignol, à un dîner organisé par Boris Vallaud et Yannick Jadot, et révélé par l’Opinion, n’a fait qu’irriter un peu plus le député de l’Eure. Son collègue Jérôme Guedj ne suit pas non plus pour des raisons évidentes : en tant que prétendant déclaré à l’Elysée, comment pourrait-il soutenir quelqu’un d’autre que lui-même dans un processus de sélection interne ? Absurde.

D’autres, comme les sénateurs Rachid Temal et Marie-Arlette Carlotti, sont également montés au créneau contre cet accord jugé à la fois « inutile et impraticable ». « David [Assouline] vend des trucs qu’il n’a pas en magasin. S’il pense faire le plein de voix au TOC, il va au-devant de sacrées déconvenues », prévient une âme contrariée. « Deux personnes s’agitent et ça suffit à faire le récit d’un TOC divisé. Ce sont des débats normaux », relativise l’intéressé. Il assure que Nicolas Mayer-Rossignol, Carole Delga et Hélène Geoffroy, le triumvirat à la barre du TOC, « a ratifié le soutien à la proposition de calendrier de Boris Vallaud ». Chez « Debout les socialistes », la boutique fondée par Hélène Geoffroy, beaucoup privilégient pourtant la tenue d’un congrès extraordinaire. Une désignation à l’automne 2026 aurait les faveurs de l’ancienne maire de Vaulx-en-Velin, tout comme celles de François Hollande. L’ancien président de la République voit certes d’un bon œil toute initiative visant à torpiller la primaire. Ce n’est pas, pour autant, qu’il est prêt à adouber son ancien collaborateur à l’Elysée. Pour lui aussi, la clarification doit précéder la désignation d’un candidat.

Il a été, semble-t-il, entendu par Pierre Jouvet. Ce lundi de Pâques, lors d’une réunion préparatoire du bureau national, le bras droit d’Olivier Faure a esquissé un chemin de compromis en trois temps. D’abord, la finalisation d’un projet qui serait présenté d’ici début mai. Puis, d’ici fin juin, les militants socialistes auraient l’opportunité de voter sur la stratégie présidentielle. Avec un QCM soigneusement balisé : « souhaitez-vous une candidature autonome du PS ? » ; « une candidature de rassemblement de la gauche non mélenchoniste ? » ; « une candidature qui rassemble seulement Place publique, le Parti radical de gauche et La Convention ? » Le processus de sélection ferait lui-même l’objet d’une consultation pour trancher entre la primaire au format Bagneux, la fédération des sociaux-démocrates et une simple investiture maison. C’est seulement à l’issue de ce vote que le PS pourrait effectuer sa rentrée aux universités d’été de Blois en étant, sait-on jamais, sorti de son congrès perpétuel.

Guillaume Lacroix, le patron du Parti radical de Gauche, qui enchaîne les rendez-vous déjeunatoires avec des figures du parti à la rose, n’y croit que modérément. Dans un coin de son armoire, il a conservé une vieille édition du calendrier de la gauche la plus bête du monde. Avril 2021 : c’est très exactement la saison qu’avait choisie Yannick Jadot pour lancer un grand appel au rassemblement sur les bords du bassin de la Villette. Anne Hidalgo était sur la photo, Olivier Faure aussi. Personne n’aura la cruauté de souligner la ressemblance avec le scénario en cours. Guillaume Lacroix, lui, ne s’en prive pas : « Ce qui est rafraîchissant avec les socialistes, c’est que comme ils pensent qu’ils n’ont jamais tort, ils reproduisent sans cesse les mêmes erreurs avec un enthousiasme intact. »

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