Corse-Matin Mélenchon

« Pour la Corse, nous irons vite et fort », assure Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise

Par Anne-C. Chabanon.
Jeudi 25 juin 2026

Jean-Luc Mélenchon assiste au vote solennel sur la Corse, ce mardi 23 juin, à l’Assemblée nationale : « Je voulais être présent lors de ce moment historique pour la France ». Lafargue Raphael/ABACA

Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, revient sur les coulisses du vote solennel au Palais-Bourbon, sur lequel le groupe LFI a largement pesé. Liens avec Gilles Simeoni, changement de braquet à l’égard de l’autonomie, horizon présidentiel. Entretien.

Vous avez assisté à l’adoption du texte sur l’autonomie, ce mardi 23 juin, à l’Assemblée nationale. Afin de marquer votre soutien aux autonomistes ?

Je voulais être présent lors de ce moment historique pour la France. J’étais informé de la décision arrêtée par le groupe LFI, le matin même. Un choix fort, symbole d’une prise de conscience approfondie. Et par-dessus tout, d’une volonté de sortir par le haut de l’impasse dans laquelle est enfermée la question corse depuis trop longtemps.

Vous pointez le rôle clé de Gilles Simeoni, figure de proue des autonomistes en Corse. Sans lui, pas de salut ?

Sa manière de travailler a immensément facilité une évolution sur laquelle on ne pouvait plus temporiser. Pour le groupe Insoumis, les rencontres avec les autonomistes corses ont commencé voici cinq ans. C’était pour nous, une petite révolution, compte tenu des positions de départ des principaux animateurs du mouvement Insoumis. Plus tard, les discussions avec Michel Castellani, notamment, puis avec Gilles Simeoni, se sont révélées déterminantes. Ces derniers ne sont pas venus en conquérants, mais en tentant de nous convaincre et en nous écoutant. En tenant compte également de nos préoccupations pour l’unité de la loi en France. Jusque-là, nous pensions avoir un mur en face de nous.

Les premiers points de convergence ?

Nous affrontions les mêmes difficultés. D’abord, quelles réponses de fond pour la Corse. Et, ensuite, une interrogation cruciale : dans quelle France voulons-nous vivre ensemble ? Il y a également eu un élément fondateur : notre vision un peu idyllique de l’unité nationale s’est brisée sur les faits. Malgré les décennies de lutte insulaire, la situation était au point mort. À partir de là, l’ensemble des électeurs insulaires – pas seulement ceux qui sont là depuis plusieurs générations – ont voté massivement autonomiste. Un démocrate ne peut, dès lors, que s’incliner.

Les voix des Insoumis ont été décisives. Vous avez fait basculer le vote ?

Disons que l’on y a aidé, à l’issue d’ultimes échanges. À l’instant où l’on a obtenu des avancées, en particulier sur le principe de non-régression sociale et environnementale, notre vote a été acté en complicité, si j’ose dire, avec les autonomistes.

« Je m’en tiens au compromis validé »

On a affiné, dans le texte, de quelle communauté et de quelle terre il s’agissait, indispensable ?

Le débat n’ayant pu porter sur une question qui, en toute hypothèse, reviendra dans l’actualité française, « y a-t-il un peuple corse ou pas, et dans ces conditions, quel est-il », d’aucuns se sont lancés dans une rédaction créant plus de problèmes qu’elle n’en réglait. Il a donc fallu préciser chaque mot. Je m’en tiens au compromis validé, qui ne comporte aucun risque de dérives communautaristes ou ethnicistes, même si j’aurais aimé parfois que l’on soit plus clair.

Vous avez introduit, vous l’évoquiez, une notion de non-régression sociale et environnementale. Condition sine qua non ?

Oui, je ne vais pas tourner autour du pot. D’abord, parce que, pour nous, c’est une bataille qui ne concerne pas que la question corse, mais aussi notre confrontation d’ensemble à la politique néolibérale d’Emmanuel Macron. N’avait-il pas envisagé de faire une loi du droit à différenciation législative entre les régions ? Le principe de non-régression sociale est une ouverture pour faire mieux. Si vous le voulez, vous le pouvez. Nous défendons cela aussi au niveau européen en refusant toute législation qui conduirait à une régression sociale ou environnementale, les deux étant d’égale importance.

Pouvoir législatif et normatif, l’idée ne vous dérange pas ?

C’est compliqué, il y aurait des précautions à poser. Il faut en discuter concrètement à l’aune de la future loi organique. Les généralités abstraites ont souvent, par le passé, bloqué la situation. Les principes généraux doivent s’illustrer de manière particulière et concrète, c’est presque un oxymore. Mais c’est le défi à relever.

Appartiendra-t-il au prochain chef de l’État de pousser plus loin le mouvement d’autonomie ?

Plus loin, je ne sais pas, mais l’amener à accomplissement, c’est certain, et j’en fais mon affaire. Le minimum, c’est le texte tel qu’il est aujourd’hui. Pour le reste, des éléments peuvent être détaillés. Quoi qu’il en soit, nous ne ferons pas traîner les choses en espérant que la situation se dégrade au point de conduire à des débordements. Pour la Corse, nous irons vite et fort.

« Les autonomistes ne renient pas la France »

Prochaine étape, le Sénat. Vous en avez été membre, comment expliquer que la chambre des territoires ne soit pas encline à une évolution de l’île ?

On me dit que les sénateurs vont rejeter le texte. Ils bloqueront, du coup, un processus qui, en allant plus vite, aurait sans doute détendu le climat de la présidentielle. En s’y opposant, ils savent qu’ils font de la Corse un enjeu de l’élection. Nous, en tout cas, nous en ferons un.

Vous avez opéré un changement de doctrine radical à l’endroit de l’île. Le déclic ?

C’est le vote réitéré pour l’autonomie. Et l’engagement personnel de plusieurs figures centrales du mouvement Insoumis. Enfin, les autonomistes : ils ne renient pas la France, ils lui proposent un autre rapport.

Pour le leader des Insoumis : « Le minimum, c’est le texte tel qu’il est aujourd’hui ». Lafargue Raphael/ABACA

Je n’imagine pas la République sans la démocratie. Chaque fois que l’on a essayé de faire autrement, le résultat a été catastrophique, confère la Kanaky, où l’on a tout gâché. Cela ne se passera pas ainsi avec la Corse.

Existe-t-il des marges de manœuvre à gauche, au sein de groupes qui se sont montrés frileux ?

Comment est-il possible de s’abstenir quand un processus historique arrive à ce point de maturité ? On ne parle pas d’un train qui arrive en gare, mais de l’Histoire de France. Comment peut-on, en ayant été président de la République comme François Hollande, ou en étant à la tête d’un groupe politique (socialiste), à l’instar de Boris Vallaud, ne pas avoir d’idée de ce qu’il y a lieu de faire. Leur credo ? La figure de style de la dissertation de l’Ena, le balancement circonspect. Ou comment décider pour ne pas décider.

Que vous inspire le vote « contre » du Rassemblement national ?

Pour le RN, la vie des nations est faite de juxtapositions de nationalismes arrogants et agressifs. Selon moi, il ne comprend rien aux Corses tout en prétendant le contraire. Vous ne pouvez pas vous opposer à une volonté populaire aussi affirmée que celle observée dans l’île, sauf à être coincé dans une posture incohérente. C’est ce qui leur arrive !

Vous êtes candidat pour 2027. Vous président, vous feriez de la Corse une priorité ?

Ce sera très facile si le projet tel qu’engagé va à son terme. On n’imaginait pas que la République puisse être à la fois une et indivisible et composée d’entités autonomes, c’est précisément ce qu’il faut mettre au point. L’insularité n’est pas une affaire ethnique, bien plutôt de géographie et de culture, engendrée par cette combinaison. La question va se poser, différemment, pour d’autres territoires insulaires. C’est pourquoi, à Saint-Denis, le 7 juin dernier, j’ai insisté sur l’urgence d’une réponse claire : le dialogue et non la force.

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